TOM WAITS/IN THE NEIGHBORHOOD/SWORDFISHTROMBONES

Ce soir c’est un ovni qui est au centre de la Zeitoun story, l’acrobate de la rime et de la voix travaillée au Bourbon, j’ai nommé Tom Waits et  ce son qui a inspiré les Pogues et leur « Dirty Old Town » : « In the neighborhood » tiré de l’album Swordfishtrombones de 1983.

 

Tom Waits - Zeitoun Story

 

CREATION/PERSONNAGE/ROLES ET INFLUENCE.

Tom Waits c’est d’abord une voix caverneuse une gueule de tueur et une démarche calculée ,modelée sur celle d’un singe qui se redresse petit à petit pour devenir un home sous alcool et cigarette qui est d’ailleurs le titre de l’un de ses albums. Le Bonhomme sévit depuis 40 ans sans qu’on puisse classifier à aucun moment son parcours. Du jazz au rock en passant par le blues surtout, puis le cinéma et l’activisme anti marketing, il déroute et déroule  en funambule des titres qui feraient passer Springsteen ou Joe cocker pour d’aimables castras.

Il est l’interprète de ses propres textes et compositions et son œuvre contient pas moins de56 albums musiques de films ou encore contributions diverses et variées sur des dessins animés comme les Simpson par exemple. C’est aussi une carrière d’acteur riche de 25 films avec « Fisher King » de Terry Gillian, Outsiders et Dracula de Coppola ou encore Down by law de Jim Jarmush avec  lequel il est très ami et forme un trio de vagabonds anciens taulards avec Roberto Benigni et John Lurie dans un film tourné en noir et blanc et  complètement barré,  et « Jusqu’au bout du monde » de Wim Wenders.

Musicalement, Il est repris par plus de 50 artistes et ce rien que pour les reprises officielles. On y croise Franck Black, Jane Birkin, Queens of the Stone Edge, Bruce Springsteen, Marianne Faithfull ou Elvis Costello  pour les plus célèbres et une multitude d’autres….

Poète et engagé, Tom Waits interrogé sur sa vie et son œuvre par Philip De La Croix  en 1988 parle ainsi :  « Je vis sur un bateau, je n’ai pas de pays, tout ce que j’ai c’est du champagne et des confettis, je me tiens sur le pont de la vie et j’observe l’émergence de mon propre futur, avec une mare pour y pêcher et un poste de radio. » (Beat génératon).

 

MOTIVATION ET INSPIRATION

Waits se caractérise par son gout du chaos, de ce qui n’est pas lisse et policé.  « J’essaie de vivre en dépit de la viscosité de la thermodynamique ou des activités industrielles. », « Je ne vois pas les choses comme un but à atteindre, trop sportif pour moi ». Dans ses débuts il est influencé par James Brown et signe avec le producteur de Franck Zappa après un bref passage de pianiste de groupe et de nombreuses tournées dans des bars plus ou moins glauques et enfumés. Une de ses caractéristique est de ponctuer des textes très ciselés avec des bruits divers et une série de passages parlés , Dans son dernier album en 2011, à 66 ans il produit même un gros rap musclé sur fond d’anti militarisme, accompagné par des percussions métalliques et des voix de chœur féminines, du trombone et de la flute , des bruits de flingue et le tout fonctionne…..(HELL BROKE LUCE/ Album Bad As Me 2011). D’autres cordes encore à son arc come la comédie musicale (composée avec sa femme, la productrice  Katherine Brennan) ami de William S. Burroughs avec qui il commet « The Black Rider » en 1993 dont il tire l’album éponyme et qui sera monté en 2004 à Broadway (avec M. Faithfull dans le rôle du diable). Tom Waits, repris on l’a vu de nombreuses fois avoue ressentir à chaque fois un mélange de flatterie et de dépossession « comme un gamin qui serait forcé de prêter ses jouets ». A l’image du bonhomme, sa voix est inondée de whisky et de cigarettes et acérée comme une lame (DOWNTOWN TRAIN/JERSEY GIRL/INVITATION TO THE BLUES/BLUE VALENTINE), mais aussi parfois de violons (reprise de SOMEWERE/WEST SIDE STORY)

Il a publié, à l’instar d’un Prince, pratiquement un album tous les ans ou encore tous les deux ans en période de tournage depuis ses débuts en 1973.

 

 

RECONNAISSANCE/HONNEURS ET ENGAGEMENTS.

Parodiant son ami F.F. Coppola, il prend à son compte la formule de celui-ci, « la continuité c’est pour les femmelettes », il dit de Coppola :  « C’est un bon mec, qui se marre tout le temps mais il a un garde du corps, une piscine, des fringues hyper chères…une vraie catastrophe… ». Même s’il joue comme il le dit «  des petits rôles (ce qui est faux d’ailleurs, voir Down By Law) il est reconnu et apprécié aussi pour sa prestance, et son élégance de dandy paumé et éméché, son coté faux looser et vrai poète parmi les pointures du cinéma américain des 30 dernières années. Après deux Grammy Awards (1992/BONE MACHINE et 1999/MULE VARIATIONS), en 2011 il est intronisé dans le « Rock’ Roll Hall of Fame » , accueilli par Neil Young et devant une salle pleine de tout le gratin musical américain qui l’acclame debout pendant 10 minutes. A la réception de son prix il dit : « Je n’ai pas de tubes et c’est semble t’il difficile de travailler avec moi…….comme si c’était un défaut ! » et à 67 ans il conclue avec son humour caractéristique «  je trouve ça très encourageant »..Jamais fatigué de s’inspirer, Tom Waits, confesse aimer la musique ethnique, Edith Piaf, Thelonius Monk, The Dead, Bukowski (tu m’étonnes), John Kennedy Toole etc…

Dans le même temps Waits s’est toujours défendu sur tous les fronts concernant l’utilisation de sa musique et contre les majors mais pas seulement. Il a toujours refusé que ses titres soient utilisés pour des publicités et a toujours gagné ses procès contre les firmes qui transgressaient ses positions. En 1992 contre Frito Lay ,( La firme de Doritos ou encore des chips Lays) condamnés à 2.6 millions de dollars d’amende pour avoir utilisé un plagiat de sa chanson « INNOCENT WHEN YOU DREAM » dont il leur a refusé l’utilisation. LEVI’S utilisent « HEARTATTACK AND WINE » mais le gars ne lâche rien et ils retirent leur publicité et publient une page entière d’excuse sur le Billboard magazine. Audi en Espagne, tente à son tour un plagiat d’INNOCENT WHEN YOU DREAM en 2003 mais c’est là encore Waits qui sort gagnant et la marque est condamnée à verser des dommages sur les droits moraux de l’artiste et une violation du Copyright. En gros Tom Waits est un poète chantant, ivrogne, drogué et fumeur invétéré, mais…. Faut pas le faire chier, dernier en date à en faire les frais, Bartabas de Zingaro qui pensait bien passer à l’as dans son plagiat mais c’est mal connaître le vieux diable qui ne le lâche pas  depuis deux ans.

Ce grand voyageur de l’intérieur l’est aussi à l’extérieur. Sur le voyage il dit, « les gens croient que tu as vraiment visité tous les endroits ou tu as voyagé lors des tournées ou autre, alors que c’est finalement toujours la même chambre et qu’on croirait que c’est elle qui voyage avec toi pris à l’intérieur », tous ceux qui ont eu à voyager pour bosser savent ça, et ça renvoie à la scène de Depardieu à l’hôtel dans l’excellent « Mammouth » de B. Délépine et Gustave Kervern ou encore celle de J.Rochefort et G. Jugnot dans « Tandem » de Patrice Leconte.

Tom Waits, ou l’errance à tous les étages, (California city blues/Kerouac), dans le morceau de ce soir, c’est dans un quartier perdu imaginaire qu’il nous invite, escorté en fanfare par des nains et des gueules sortis tout droit du Film « Freaks » ( La monstrueuse parade)  de Tod Browning de 1932, et ou il nous raconte le quotidien morne d’un quartier bidonville avec ses pelleteuses bruyantes du chantier d’a coté, ses chiens qui fouillent les poubelles, et ses mômes qui n’auront plus de glaces car le supermarché a cramé ou encore,son beurre qui ne sera plus livré. So long guy.

TOM WAITS/IN THE NEIGHBOROOD/1983

Discographie

Albums studio

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