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L’histoire de Michel ROCARD est liée à celle de Conflans Sainte Honorine dont il est maire de 1977 à 1994.
Depuis son élection en terre fluviale en 1977 il prend conscience que « la voie d’eau » est l’un des enjeux majeurs pour l’avenir de la France. Nommé ministre du plan et de l’aménagement du territoire en 1981 puis premier ministre de 1988 à 1991 il s’est battu pour donner à la batellerie et aux mariniers, les moyens d’exister et de se développer. Il est sans doute l’homme politique le plus visionnaire de ces 50 dernières années et un esprit éclairé dont beaucoup se réclament aujourd’hui (par conviction ou opportunisme d’ailleurs..) En1991, il créée VNF (voies navigables de France) un établissement encore souverain aujourd’hui dans la gestion des voies navigables et qui permet à l’époque déjà de donner une impulsion bénéfique au transport fluvial. Par la suite , il milite dès 1992 pour le canal seine nord Europe, idée toujours d’actualité puisque le projet HAROPA (le havre /rouen- Paris) est en passe d’être réalisé pour relier les axes du nord de l’Europe(Escault) au centre et au sud de celle-ci par bateau. Dans un entretien de 2010 il parle de ce projet qu’il baptise : Canal infrastructure Jean Baptiste Colbert.

J : « M. Rocard depuis 1977 vous avez toujours combattu pour le développement du transport fluvial pouvez vous rappeler les avantages de ce mode de transport par rapport à la route et aux autres moyens utilisables ? »
Michel Rocard : « Mon élection à Conflans ste Honorine m’a fait découvrir un monde que je ne connaissait pas, j’avais choisi d’aller à Conflans à cause de l’importance de la population ouvrière (LTT), la ville était à droite et avait grandit très vite (ancienne paroisse rurale, confluent de la seine et de l’Oise). Dès que j’ai été élu j’ai découvert que la batellerie fluviale était en déclin dans cette capitale Batelière.(perte de parts de marché, les arbitrages de la puissance publique se laissaient faire par le lobby automobile se vengeait par du dumping sur la voie d’eau affreux !). En plus l’immense réseau fluvial français, le plus grand d’Europe, (Colbert canaux, Napoléon) sous l’impulsion de Freyssinet, la IIIème république lance un immense plan de (1887 à 1905), c’était là le maillage de tous les grands fleuves entre eux jusqu’au canal du midi mais au calibre des péniches( Bateau très précis 28.5 lg 5.05 large et mois de 2.5m de tirant d’eau, je crois, 400 tonnes de charge max).Depuis 1907 plus rien, à part mettre au gabarit international après la guerre sur le dunkerque Valenciennes pour traiter la sidérurgie. Donc entre Paris et le nord ne passaient que des bateaux trop petits.
La profession vivait donc de plus en plus mal au pays du musée de la batellerie, du  monument aux morts de la profession et ce malgré une bourse d’affrètement sur place et l’un des deux internats du pays pour les enfants de bateliers ainsi que le « pardon » une fête religieuse tous les ans. Au cours de rencontres avec les artisans et les sociétés, en moins d’un an nous avons découvert qu’on allait à un drame. On a donc découvert que transporter par voie d’eau coûte de l’ordre de 15 fois moins cher à la tonne par rapport à la route et évidemment ça pollue beaucoup moins. (un convoi de péniche 4000T remplace plus de 250 camions). Il fallait donc relancer la voie d’eau.

Michel Rocard

Michel Rocard - Radionorine pardon de la batellerie
Source : le JDD

J : « Quelles ont été les premiers chantiers ? »
Michel Rocard : « Il y avait un rêve qui circulait, et ce rêve c’était le Rhin Rhône, à ce moment là on était en train de faire le Rhin maille Danube ,voie navigable de 5000 tonnes, qui rejoignait la mer noire à la mer du nord, c’était dangereux pour la France. En80 donc, on s’aperçois qu’il n’y a pas d’armements, d’habitude de voyager de nuit etc, c’était donc faire une autoroute aux transports allemands hollandais suisses pour traverser le pays. Pour retrouver sa voie d’eau, la France devait don construire des chalands puissants, des remorqueurs, qu’elle s’habitue à voyager à 4000 tonnes de nuit etc. Hors entre le pas de Calais et Paris on ne passait pas malgré le fret existant. Nous sommes donc arrivé avec la mairie de Paris, les opérateurs les sociétés la mairie de Conflans,(je n’était même pas député personne ne me connaissait),nous avons milité pour un canal seine nord, pour relancer la voir d’eau dont tout le monde s’écartait. Le ralliement au projet seine nord est le pardon de la Batellerie 1978 ou 79. Ca n’intéressa personne ! Il nous a paru absolument nécessaire de commencer par là et pas Rhin/Rhône. En effet malgré des canaux pas adaptés, pour transporter un million de tonnes de marchandises entre Paris et le nord c’était 10% d’augmentation de trafic contre 5 fois plus entre Marseille et Macon. C’était une évidence. C’est là que la suite se passe et qu’il y a une somme de hasards. VGE est au pouvoir et je n’ai alors pas de vocation à faire une carrière nationale. 1981, François Mitterrand est élu, je deviens ministre de l’aménagement et du territoire. Tout ça m’oblige à penser un peu !! . Charles Fiterman, un ami communiste est nommé aux transports. Il est là depuis 3 semaines et annonce un schéma directeur des transports : Air, fer, route ! je lui dis : « comment peux tu oublier la voix d’eau ? » réponse « m’enfin Michel tu n’y pense pas ! Ca sert plus à rien, personne n’y croit ! » Je l’informe donc que la voie d’eau partout en Europe regagne des parts de trafic et 1en plus il y avait l’héritage de ces canaux à entretenir quand même. Je finis par arracher l’idée d’inclure les voies navigables au schéma.( première victoire). Le ministère des transports s’est piqué au jeu, et je me suis imposé d’aller moi-même, maire de Conflans et ministre conduire des délégations aux commissions de travail.

J :  « Qu’est ce que vous répondez à ceux qui aujourd’hui (comme J.Attali disent que l’abandon du canal seine nord serait une chance pour le havre ? »
Michel Rocard :Je connais bien Attali que je respecte pour la puissance de ses idées, il arrive parfois de parler sans savoir. Le port d’Anvers est alimenté pour30% de son trafic (2 ème port d’Europe) le port du Havre 5% c’est clair non ?

Michel Rocard et François Mittérand
Source Ouest-France

J : « Que dire du problème de financement que certains évoquent ?
Michel Rocard : Nous avons toujours ces problèmes mais il faut dire que. Le choix fort quand j’ai été premier ministre de créer V.N.F pour tout imaginer et construire, ça représente 15 oui vingt ans de travail sur papier ! Il y a aujourd’hui des ingénieurs qui aiment leur métier qui y croient et ceux là sont mâtinés écolo (si j’ose dire ) mais le plus fort du dossier reste la participation européenne car dans les grands travaux annoncés par Delors et un peu mort né il y avait déjà Seine Nord. Toute l’Europe travaille sur sa voie d’eau sauf la France ou elle a « disparu des cervelles ! » Un autre exemple de marché porteur. Gérer le fret ferroviaire est très difficile, sauf par les trains complets. Donc aussi bien la Bundesbaade que la SNCF essaient de se débarrasser de leur fret ferroviaire mais les allemands le font par voie d’eau, et la SNCF cruellement et stupidement, (c’est un crime écologique !), à travers Géodis renvoie vers la route ! Je pense maintenant qu’avec le réveil de la voie d’eau avec VNF ( et les 400tonnes seulement), la plaisance, que les élus locaux les C.C.E, ont réfléchi , intégré et les projets murissent intensifier c’est essentiel pour le transport moins cher l’écologie et la rationalisation et dans la crise de l’an dernier il est apparu pérenne, je pense qu’on va le sauver, même incomplet.

J : « Le problème de nos économistes n’est il pas leur incapacité à démontrer la rentabilitédu long terme ? »
Michel Rocard : Les anciens comme Colbert ou Freyssinet avaient eux des problèmes de calcul. Une de mes colères c’est de découvrir que le taux d’actualisation (outil financier pour calculer le temps.) Pour Seine nord, ça a été calculé sur 30 ans. ce qui est stupide puisque c’est sur des siècles qu’il faut raisonner, j’incrimine, je trouve disconvenant que ce calcul n’avait pas de sens et qu’il fallait actualiser sur cent ans et là, le projet est sûr de passer !

J : « On est d’accord. Dernière question, vous dites que souvent vous avez du piquer des colères pour faire avancer les dossiers, nous à solidarité progrès on souhaite d’autres colères et pour couper les banques en 2 et pour faire avancer le canal seine nord. »
Michel Rocard : Vous êtes gentils j’en ai déjà fait beau coup la cause du CSN je suis en train de me dire qu’elle est probablement gagnée, tous ceux qui y touchent n’ont plus envie de l’enterrer, ils ont compris, mais en tous cas, faut rester vigilants.

 

Documentaire : 40 ans de combat pour le transport fluvial

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